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Depuis près de 300 ans, la culture des bananes et plantins fait partie intégrante du paysage économique de la Martinique. Pendant ce laps de temps, la filière a connu des hauts – pendant les Trente Glorieuses, notamment – mais aussi des périodes plus difficile, telles qu’au début des années 2000, avec une pression concurrentielle de plus en plus prégnante.
L’importance de la filière « banane antillaise » pour l’économie martiniquaise
Pour l’INSEE, la sous-classe 01.22Z englobe les cultures des fruits tropicaux et subtropicaux, dont la banane, cette description ne suffit évidemment pas à cerner le « poids » que représente la filière « banane antillaise » pour l’économie martiniquaise.
Ce secteur fait aujourd’hui face à d’importants défis – environnementaux, notamment – sa résilience reste l’un de ses principaux atouts. Il représente un gisement d’emplois remarquable pour une île antillaise qui souffre d’un fort taux de chômage.
Les premiers bananiers plantins ont été plantés en Martinique en 1736, pendant
les heures sombres de l’esclavage. Toutefois, contrairement à la canne à sucre,
la banane était essentiellement consommée par les populations locales, et non
exportée vers la métropole.
Ensuite,
avec l’implémentation du marché commun européen, en 1993, la préférence
nationale a disparu, et la « banane de Martinique » s’est retrouvée face à des
offres concurrentes aux prix « cassés », provenant notamment d’Amérique du Sud.
En outre, les acteurs antillais du marché étaient tout simplement trop nombreux
pour lutter efficacement contre cette pression concurrentielle.
L’apparition de l’UGPBAN (Union des Groupements de Producteurs de BANanes), en 2003, a permis à la filière de passer à une unification. Les efforts placés sur le marketing et la communication, au travers du ruban tricolore notamment, ont également porté leurs fruits.
Si la banane fait désormais partie des fruits que l’on a l’habitude de trouver sans difficulté en grande surface, son exportation depuis les Antilles jusque dans l’Hexagone n’a pas toujours été simple, et pendant longtemps, cela lui a conféré le statut de « fruit de luxe ». Il s’agit en effet d’un produit plutôt fragile, qu’il faut veiller à bien emballer et à ne pas faire subir de chocs. Qui plus est, le temps nécessaire pour qu’un bananier arrive au stade de permettre une récolte, il faut compter neuf mois. En outre, une fois cueilli, un régime doit être transporté aussi rapidement que possible vers son point de vente.
Afin de contourner ce problème, les bananes sont acheminées vertes, et passent en mûrisserie pour simuler, de façon artificielle, le processus de maturation qui lui donnera sa couleur jaune si caractéristique. En tout état de cause, toutes les difficultés logistiques ont toutes été surmontées (avec la ventilation dans les cales des navires, par exemple, afin de retarder le mûrissement des régimes).
Le trafic mondial de ce fruit équivalait à environ 213 000 tonnes en 1900, il représente aujourd’hui plus de 18 millions de tonnes.
En Martinique, la production de bananes couvre près de 6 000 hectares, se remettant doucement des effets dévastateurs de l’ouragan Maria en 2017. On retrouve le bananier dans la quasi-totalité des jardins, tant publics que chez les particuliers. Les exploitations agricoles se concentrent dans trois zones de l’île.
Le nord de l’ile, s’étendant depuis Macouba jusqu’à la Trinité, et englobant notamment les pentes de la montagne Pelée – dont Ajoupa-Bouillon – abrite ainsi de très nombreuses bananeraies.
A elle-seule, la commune du Lorrain accueille près du quart de tous les producteurs martiniquais.
Ces derniers sont également très présents dans le centre de l’île, entre le Lamentin, le Robert et le Saint-Joseph – avec 10% des producteurs uniquement dans le Lamentin, dont quelques-uns des plus gros acteurs du marché.
Enfin, le Sud est un peu moins concerné, mais les communes du François, et de Rivière-Pilote jusqu’au Saint-Esprit, par exemple, restent imprégnées par cette culture. Le fait que la production de banane soit si développée en Martinique, avec 400 producteurs, s’explique notamment par son climat idéal, caractérisé par une chaleur uniforme – autour de 26°c – une forte humidité et la richesse des terres volcaniques.
Rappelons, tout d’abord, que chaque semaine, ce sont près de 250 conteneurs – avec 27 millions de bananes – qui transitent depuis la Martinique ou la Guadeloupe à destination de l’Europe, et qu’une ligne de fret spécifique a dû être mise en place.
Vous constaterez que nous avons ici fait le choix de regrouper les volumes produits en Martinique et en Guadeloupe, et cela ne doit rien au hasard, car les producteurs de ces deux îles des Antilles se sont alliés pour constituer une filière plus puissante face à leurs rivaux internationaux. Celle-ci porte le nom de « Banane de Guadeloupe & Martinique », et elle occupe une place prépondérante dans l’économie de ces deux îles.
Au sein de l’UGPBAN précédemment évoquée, l’objectif est à présent de sécuriser l’avenir de cette filière, et de développer encore davantage l’emploi. Pour ce faire, il s’agit de garantir un niveau d’activité tout au long de l’année, qui soit moins sensible qu’actuellement aux événements climatiques et aux éventuels soubresauts des cours du marché. En outre, un effort important a été engagé – avec l’aide des pouvoirs publics – sur la formation des salariés concernés, pour maintenir leur employabilité pendant toute leur vie professionnelle, et pour permettre également des évolutions de postes.
A l’heure
actuelle, cette filière représente plus de 10 000 emplois, soit environ
5% des actifs, et 60% des salariés agricoles en Martinique travaillent en son
sein, autour d’une trentaine de compétences professionnelles distinctes. Pour
les jeunes qui entrent sur le marché du travail, ce secteur peut indéniablement
être porteur de nombreuses opportunités.
Il est certain que la banane de Martinique doit encore faire face à une concurrence internationale « zélée », dont certains acteurs n’hésitent pas à se servir de produits chimiques – dont le tristement célèbre chlordécone, désormais interdit dans toutes les bananeraies des Antilles françaises – pour accroître leur productivité. Les clients sont néanmoins demandeurs de davantage de transparence, et de pratiques plus vertueuses vis-à-vis du respect de l’environnement.
Ainsi, même si d’aucuns jugent les normes actuelles d’importation laxistes vis-à-vis de certains producteurs latino-américains peu regardants vis-à-vis des pesticides, le prix n’est plus le seul critère d’achat des ménages. C’est une excellente nouvelle pour l’avenir de la filière en Martinique, car les producteurs locaux sont d’ores et déjà parvenus à réduire de plus de 65% leur utilisation de produits chimiques, avec l’objectif d’arriver à une disparition quasi-totale de ces pratiques pour 2020.
Outre la suppression des perturbateurs endocriniens, la protection de la
biodiversité fait également partie des enjeux actuels, et plusieurs initiatives
louables vont dans ce sens, dont la création de l’IT2 (Institut Technique
Tropical), réputé pour la qualité de ses travaux, ainsi que la signature des
Plan Banane Durable I et II, avec le ministère de l’Agriculture.
Enfin, si le concept de production de bananes « bio » en Martinique a longtemps été sujette à caution, du fait de problèmes de rentabilité de cette forme de culture dans les zones tropicales, ce modèle économique a fait son apparition depuis cette année seulement, au travers d’une variété très spécifique, la Cirad 925. On le voit, les initiatives pour le développement de la « banane de demain » ne manquent pas dans le département du 972, et les nombreuses opportunités d’emplois à la clé poussent à espérer qu’elles se concrétiseront pleinement.
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